Les femmes seront les victimes de la réconciliation internationale avec les talibans en Afghanistan
lundi 1er février 2010
Le 28 janvier s’est tenue à Londres une Conférence internationale sur l’Afghanistan, au cours de laquelle l’ONU et la cinquantaine de pays représentés ont rediscuté sur les moyens de soutien à l’Afghanistan.
Le président Hamid Karzaï a proposé un plan de "réconciliation", assorti d’une demande d’aide de un milliard de dollars, comportant notamment :
la demande à l’ONU et aux Etats-Unis d’ôter les taliban de la « liste noire », appelés dorénavant "talibans modérés" ou "insurgés de rang inférieur", qui pourraient être retribués pour leur soutien au gouvernement central d’Afghanistan, en fonction de leur ralliement
leur réinsertion, par le don de terre, d’argent, des facilités de regroupement familial, une formation professionnelle.
L’ONU, à la veille de cette conférence, a déjà retiré cinq talibans de sa liste des personnes faisant l’objet de sanctions pour leurs liens passés avec al-Qaida.
Si ce plan est accepté, on assistera au retour du pouvoir taliban dans la société afghane, avec toutes les conséquences que cela implique en tant que recul démocratique, et surtout dans la négation des droits des femmes.
Shoukria Haïdar, Présidente de l’association NEGAR (Soutien aux femmes d’Afghanistan), association créée en 1996 pour lutter contre le pouvoir taliban et soutenir les classes clandestines de filles, déclare que "les femmes feront les frais de cette ’réconciliation’ qui ramènera au pouvoir en Afghanistan les pires des intégristes". Elle rappelle "qu’il n’y a pas plus de taliban modérés qu’il n’y a eu de nazis modérés". Le 25 janvier 2010, à l’appel de NEGAR, une manifestation réunit à Kaboul les associations, dont celles de droits des femmes, les représentants de la société civile et de divers partis politiques qui s’inscrivent dans une ligne de résistance contre ces propositions. Une résolution validée par cette manifestation a été envoyée à la Conférence de Londres.
La Commission Droits des femmes ne peut que s’inquiéter de ces "réconciliations", et donne son soutien aux associations de défense de la lutte des femmes en Afghanistan, en dénonçant que le seul moyen trouvé pour acquérir la paix soit celui du retour à la barbarie des années talibans.
